Demandez à un médecin : Traitements parallèles contre l’eczéma

Q : Y a-t-il des traitements parallèles (non conventionnels) qui pourraient atténuer mon eczéma?

R : La SCE a demandé au Dr Peter Lio, dermatologue de Chicago, de nous faire profiter de son expertise à ce sujet. Le Dr Peter Lio est non seulement dermatologue clinicien et directeur du Chicago Integrative Eczema Centre, il s’intéresse aussi à la médecine intégrative, et est formé en acupuncture.

« Les patients se tournent souvent vers les traitements parallèles pour prendre en charge leur eczéma. On peut se demander pourquoi ils recherchent de tels traitements. Les patients cherchent des solutions de rechange quand il n’existe aucun traitement curatif à leur maladie, quand leurs traitements sont inefficaces ou qu’ils en craignent les effets, et quand les traitements ne semblent qu’atténuer plutôt que d’enrayer les symptômes. L’eczéma est difficile à maîtriser, et il n’y a pas de traitement curatif; c’est ce qui pousse les patients à trouver d’autres façons de le prendre en charge. Par exemple, peu de gens essaient le Reiki pour guérir une fracture osseuse, et la plupart y parviennent après avoir reçu un plâtre. La prise en charge de l’eczéma est difficile. Les poussées continuent de surgir, ce qui incite les patients à trouver de l’information additionnelle. Les patients veulent savoir ce qui cause leur affection et comment ils peuvent en venir à bout.

Il est courant de rechercher des traitements parallèles en présence d’eczéma; j’estime qu’au moins la moitié des patients ont essayé une forme de médecine parallèle pour maîtriser leur affection.

Voici quelques exemples de ces traitements couramment essayés contre l’eczéma.

L’huile de graine de tournesol peut accroître la capacité naturelle de la peau à produire des céramides (gras essentiels pour l’hydratation de la peau et le renforcement de la barrière cutanée), et une étude de petite envergure a montré qu’elle peut aider à diminuer l’épaississement de la peau entraîné par le grattage des patients à long terme.

Une autre étude modeste a comparé l’huile d’olive à l’huile de graine de tournesol et a montré que l’huile d’olive accroît la rougeur et altère l’intégrité de la barrière cutanée, alors que l’huile de graine de tournesol entraîne des bienfaits. Il faut noter que l’application à long terme d’huile de graine de tournesol sur la peau n’a fait l’objet d’aucun test ni d’aucune étude, nous ne disposons donc d’aucune donnée pour montrer son innocuité lorsqu’elle est employée de cette façon. Il existe aussi un risque de sensibilisation allergique (de causer une allergie) quand des produits alimentaires sont appliqués sur la peau; il convient donc de faire preuve de prudence.

L’huile de noix de coco est utilisée par certains patients eczémateux pour hydrater leur peau. Notez qu’il ne s’agit pas de n’importe quel type d’huile de noix de coco, mais bien d’une huile extra vierge ou pressée à froid – une version propre et de meilleure qualité d’huile de noix de coco. Une étude américaine menée auprès de 117 enfants atteints de dermatite atopique a comparé l’application de l’huile de noix de coco à celle de l’huile minérale. Les résultats montrent que le groupe ayant utilisé l’huile de noix de coco a obtenu des résultats significativement meilleurs que l’autre groupe, y compris une atténuation de la maladie et moins d’infection. Encore une fois, il existe un risque théorique de sensibilisation allergique aux aliments quand ceux-ci sont appliqués sur la peau. Bien que ces résultats soient emballants, nous devons en apprendre davantage et être prudents avec les produits alimentaires et végétaux appliqués sur notre peau en raison du risque d’allergie.

L’aloe vera est utilisé depuis longtemps pour apaiser la peau, mais il n’a jamais fait l’objet d’étude dans la dermatite atopique et l’eczéma. Certains patients le trouvent utile, toutefois il est offert dans de nombreux excipients (véhicules), alors il faut faire preuve de prudence. Par exemple, l’aloe vera en crème ou en gel peut renfermer des agents de conservation et d’autres ingrédients pouvant causer une irritation de la peau.

La massothérapie a été étudiée chez un petit groupe d’enfants atteints de dermatite atopique. Chaque jour, on a appliqué un hydratant à tous les enfants de l’étude, mais la moitié d’entre eux ont reçu un massage en plus de l’hydratant. Le groupe ayant reçu chaque jour un massage de leurs parents a connu une amélioration significative de leur dermatite atopique.

L’acupuncture peut aider à atténuer les démangeaisons associées à l’eczéma. J’ai mené une étude de petite envergure sur l’acupression (massage d’un point d’acupuncture) chez des patients atteints de dermatite atopique et découvert un effet bénéfique sur les démangeaisons, mais l’étude n’a porté que sur un petit nombre de patients et ne comportait pas de réel groupe témoin, alors il faut en interpréter les résultats avec prudence. Toutefois, on peut affirmer que l’acupuncture ou l’acupression sont peu susceptibles de causer du tort aux patients.

Les vitamines et les suppléments n’ont pas montré d’atténuation convaincante de l’eczéma, et il existe des risques potentiels quand ils sont pris en trop grande concentration. Un nombre important d’études menées sur les suppléments de vitamine D ont montré des bienfaits, mais des études ont aussi montré leur absence d’effet, c’est pourquoi de nombreux fournisseurs de soins ne recommandent pas encore la prise de vitamine D. Les probiotiques sont aussi un sujet complexe, et les études à leur sujet ont abouti à des résultats favorables et défavorables. Au final, certaines données probantes montrent que les probiotiques pourraient contribuer à prévenir la dermatite atopique quand ils sont administrés à des femmes enceintes et à des nourrissons, mais ici encore, les données sont trop peu nombreuses pour qu’on les recommande à large échelle. »

La SCE remercie le Dr Peter Lio pour sa contribution à cet article. Il pratique la dermatologie à Chicago, en Illinois, et est professeur agrégé de dermatologie à la Faculté de médecine de Feinberg, à la North Western University, à Chicago. Pour en savoir plus à son sujet, consultez le www.chicagoeczema.com (en anglais).